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Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur - Le mensonge se lève très tôt mais la vérité finit par le rattraper - Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage

jeudi 2 septembre 2010

"Femmes, race et classe" de Angela Davis

Angela Davis,
"Femmes, race et classe"
,
éditions des femmes.
Traduit de l'américain par Dominique Taffin.

arton2686.gif« En hommage aux femmes noires qui "ont légué à leurs filles, nées libres, un héritage de travail, d'autonomie, de ténacité et de résistance...", Angela Davis, historienne et militante, entreprend dans Femmes, race et classe une analyse critique et comparative du féminisme du siècle dernier et du féminisme contemporain en regard des luttes d'émancipation et de libération du peuple noir.

Elle explore les liens idéologiques qui existent entre le pouvoir esclavagiste, le système des classes et la suprématie masculine, et pose la nécessité d’articuler les trois niveaux de contradiction de race, de classe et de sexe dans les luttes de libération. Elle montre comment ces luttes ont porté leurs fruits à chaque fois qu’elles ont été solidaires et qu’elles ont ciblé la double oppression : celle du système et celle du sexe. A. Davis explique notamment comment les féministes blanches ont pu se rallier au mouvement pour l'abolition de l'esclavage, soutien qui rejoignait leur propre lutte contre l’oppression. »



« Angela Davis est née en 1944 en Alabama. Grande figure du mouvement Noir américain, elle adhère au Parti Communiste vers dix-huit ans et devient membre des Black Panthers en 1967. Militante révolutionnaire, se battant pour l’égalité des noirs et des blancs mais également pour l’émancipation des travailleurs, elle comprend très vite que seule l’unité des mouvements sociaux et politiques entre blancs et noirs, hommes et femmes permettra de combattre la classe dirigeante. C’est cette compréhension qu’elle paiera en étant condamnée à mort en 1972. Une mobilisation d’une ampleur internationale permit sa libération.

Aujourd’hui, elle est toujours militante des luttes sociales et politiques aux États-Unis. »


mercredi 1 septembre 2010

Les femmes et l'indépendance - les cordons de la bourse

À la fin de la seconde guerre mondiale, les femmes, en France, obtiennent le droit de vote ; et les "sujets" de l'Empire français voient s'ouvrir un processus vers l'égalité politique, le statut de citoyens et donc le droit de vote. Dans les deux cas, croit-on savoir, pour les mêmes raisons : le rôle politique et civique indispensable des unes et des autres joué dans la résistance ne peut qu'être reconnu par de Gaulle.

Quid en effet de la résistance sans la participation des colonies d'Afrique, sans la réponse immédiate de Félix Éboué, gouverneur guyanais du Niger, à l'appel du 18 juin, sans la participation massive des troupes d'Afrique à la libération ; et quid de la résistance sans les combattantes, qui y ont joué un rôle décisif ?



La simple logique implique qu'un tel rôle citoyen, un tel rôle politique, débouche sur l'exercice plein et entier de la citoyenneté dans le droit de vote. C'est dès lors un acquis pour les femmes d'un côté, un processus en marche dans les colonies de l'autre.

On sait que le débouché ne sera pas le même pas dans les deux cas : ce sera bientôt l'"indépendance" pour les colonies ; "indépendance" qu'on ne saurait donner de la même façon aux femmes métropolitaines ! En d'autres termes, on ne peut pas leur concéder un territoire autonome. Mais - et c'est là le rapport avec le titre - on ne leur accorde pas pour autant l'indépendance au sens strict, à savoir l'indépendance financière ! On ne peut cependant pas la leur refuser longtemps : désormais, elles votent !

C'est ainsi que les femmes obtiennent l'indépendance financière, c'est-à-dire réelle, en 1965 : "les maris français perdent le droit de veto sur le travail de leurs épouses, qui peuvent avoir leur compte en banque."

On est au lendemain de l'"indépendance" des colonies (dont on célèbre cette année le cinquantenaire). Du fait de cette "indépendance", les ex-colonisés ne votent pas en France. Le problème ne se pose donc pas dans les mêmes termes, et cinquante ans après, l'indépendance financière n'est toujours pas acquise pour les ex-colonies. Cf. ici, un rappel opportun de ce que la monnaie dite franc CFA est toujours frappée à l'imprimerie nationale française de Chamalières, toujours alignée sur le franc français, c'est-à-dire à présent, sur l'euro...

Qui dira que l'indépendance n'a aucun rapport avec les cordons de la bourse ?

mardi 31 août 2010

Abidjan, novembre 2004 - une enquête sud-africaine

Sur son blog, Théophile Kouamouo annonce :

"Dans un rapport confidentiel de plus de 100 pages dont Le Nouveau Courrier
a obtenu une copie (1 & 2), des experts sud-africains, en matière balistique et spécialistes de médecine légale, mandatés par leur gouvernement, accablent les militaires français de l'opération Licorne.
De manière scientifique, ils établissent que non seulement les civils ivoiriens massés à Abidjan devant l'Ivoire ou sur les ponts n'ont pas tiré, mais que des armes, y compris de gros calibre, ont été utilisées contre eux par l'armée française.
Ils commentent également les autopsies des morts, dont trois au moins étaient âgés de moins de 18 ans."



Pour la suite, et pour lire l'enquête, voir sur le blog de Théophile Kouamouo.

(Cf. aussi : "En généraux - 2. Auparavant"... Et : à quand l'enquête sur Bouaké ?)


L'article de Sylvie Kouamé dans Le Nouveau Courrier du 31.08.10 : ici.
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lundi 30 août 2010

"Science sans conscience..." – parole de femme

Citation de Sheila Rowbotham :

« Chaque fois qu'une femme fait à un homme la description d'une expérience qui lui est spécifique en tant que femme, elle s'adresse à quelqu'un qui considère sa propre expérience comme normale. Plus encore, sa vision de la "norme" est renforcée par l'idéologie dominante qui leur confirme à tous deux que c'est lui qui a raison. Les femmes ne sont pas les seules bien sûr à ne pouvoir retrouver leur expérience dans la culture existante. » Un phénomène similaire se retrouve, précise-t-elle, pour « la classe ouvrière, les noirs, les minorités nationales... »



« Toutefois, pour les femmes le problème est particulièrement intériorisé, en partie, pour des raisons historiques. Nous n'avons aucune époque, aucun lieu vers lequel nous reporter. Le mouvement que nous avons créé pour libérer toutes les femmes est infiniment moins fort que le mouvement ouvrier ».

« Par ailleurs, cette intériorisation est liée aussi à une question d'anatomie et de physiologie. La différence sexuelle nous lie à la fois étroitement à nos oppresseurs et nous sépare radicalement d'eux. Cela ne signifie pas que nous ne soyons que notre biologie mais que notre différence se situe à un niveau de sensation et d'expérience qui ne concerne pas seulement le monde extérieur. Cela signifie aussi que l'exploration des domaines intérieurs de la conscience est pour nous une nécessité politique. »

(Sheila Rowbotham, Conscience des femmes, monde de l'homme, Londres 1973, Paris éd. des femmes, 1976, p. 75.)

dimanche 29 août 2010

"Elle est noire"

... aurait dit quelque mystique ayant "vu" Dieu...

Le Black feminism (en français « féminisme "noir" ») est un mouvement féministe né aux États-Unis dans les années 1960-1970, lors du mouvement des droits civiques. Il se caractérise par la volonté d'associer les critiques du sexisme et du racisme.



Selon Elsa Dorlin, maître de conférences à Paris-I et auteur de l'introduction de Black feminism Revolution! La Révolution du féminisme Noir! (L'Harmattan, 2007), la première anthologie, en français, de textes de ce mouvement...

« L’expression Black feminism, traduite dans les textes par "féminisme Noir", recouvre la pensée et le mouvement féministes africains-américains en tant qu’ils diffèrent du féminisme américain "en général", précisément critiqué et reconnu pour son "solipsisme blanc", héritier malgré lui de la fameuse "ligne de couleur" produite par les systèmes esclavagiste, puis ségrégationniste ou discriminatoire, encore à l’œuvre dans la société américaine contemporaine. Au contraire des textes, si le titre de ce volume a gardé l’expression Black feminism en l’état, comme provisoirement intraduisible, c’est qu’il nous a semblé important de présenter d’abord le féminisme africain-américain dans la spécificité de l’histoire politique d’où il a émergé, de maintenir dans sa langue sa force d’interpellation, face à une société anglo-saxonne clivée par le racisme : "White woman, listen !" – "Femme blanche, écoute !". Le féminisme Noir a représenté une véritable révolution politique et théorique pour l’ensemble des féminismes nord-américains et, dans une moindre mesure, européens. »

Le Black feminism trouve ses origines dans un malaise au sein du mouvement des droits civiques et du mouvement féministe nord-américain lors des années 1970. Il revendique un point de vue particulier des femmes afro-Américaines à la fois sur le féminisme en général, et sur les luttes contre la ségrégation raciale. En tant que tel, le Black feminism n'est pas limité aux femmes afro-Américaines : dès ses origines, il inclut des femmes chicanas, orientales, etc. Porteur de larges potentialités aussi pour les "blanches" en lutte comme pour les hommes conscients de ce qui est souffrance pour toute l'humanité, il est plutôt caractérisé par la volonté de lier les problématiques du sexisme, du racisme et de l'oppression de classe...

samedi 28 août 2010

Femmes et décolonisation

Les femmes comme « territoire » colonisé. C'est une approche qu'a remarquablement développée le féminisme des années 70 du XXe siècle. Quelques citations fort éclairantes de Benoîte Groult (Ainsi soit-elle, 1975) donnent des éléments d'un parallèle incontournable avec le racisme. Comme elle y invite elle-même, à l'appui de Sartre, il suffit de changer dans son traité Réflexions sur la question juive, « juif » par « femme », et « antisémite » par « mysogyne » (B. Groult, éd. poche, p 201) – on peut faire le parallèle aussi avec « Africains » (ibid. p. 204) – pour mesurer la nécessité de la réflexion féministe.

Dès lors...

« À qui s'adresseront leurs discours paternalistes […] si nous prenons nous-mêmes la direction de nos existences? Car ce qui opprime les femmes, ce n'est pas seulement le système masculin, c'est la réponse féminine, c'est ce qu'il a réussi à faire de nous. C'est ce sentiment d'incompétente et de faiblesse qu'il a réussi a nous donner, doublé de culpabilité si nous nous dérobons au rôle qu'il nous assigne et que nous devons accepter avec enthousiasme. Car là est la malignité, le détail subsidiaire qui, comme dans les concours radiophoniques truqués, vient tout remettre en question : il faut que nous soyons ravies d'être vouées à des fonctions dites sublimes, mais que les hommes se refusent d'exercer. Or, les hommes s'étant attribué par définition les fonctions dites supérieures, comment ne pas conclure que les nôtres sont subalternes, "ennuyeuses et faciles" (Valéry), "inintéressantes et abêtissantes" (Lénine), en un mot inférieures ? » (Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, p. 204-205.)



« Je voudrais à cette occasion, grâce à Sartre, vient-elle d'écrire, fournir une réponse aux malheureuses qui restent sans voix devant l'argument final assené par le misogyne de salon pour nous prouver que notre infériorité est congénitale: "Citez-moi donc un Beethoven femelle? Un Descartes ou un Picasso femme?" Et le dernier des minus de nous regarder, triomphant, comme si ces génies étaient de sa famille et que leur gloire rejaillît tout naturellement sur lui par le seul fait qu'il possède lui aussi une robinetterie apparente!

"Il faut le reconnaître, écrit Sartre, si le juif se retourne vers le passé, il voit que sa race n'y a pas de part. Ni les rois de France, ni leurs ministres, ni les grands capitaines, ni les grands seigneurs, ni les artistes, ni les savants ne furent des juifs ... La raison en est simple: Jusqu'au XIX" siècle, les juifs, comme les femmes, étaient en tutelle."

Cette fois c'est Sartre lui-même qui fait le rapprochement. On pourrait remarquer de même qu'on ne trouve pas beaucoup de savants ou de ministres dans la classe ouvrière... L'explosion à laquelle on a assisté depuis le XIXe, Disraeli, Freud, Bergson, Einstein, Proust ou Kafka, suffit à démontrer que dès que les Juifs ont pu accéder à l'enseignement supérieur et à un certain stade de liberté, ils sont eux aussi devenus· des créateurs. Pour les femmes, il faudrait simplement corriger deux notions: d'une part la tutelle sur elles ne s'est relâchée qu'au XXe, et d'autre part, leurs fonctions maternelles, tant qu'elles y sont restées aveuglément soumises, les empêchaient de parvenir à ce seuil de liberté. » (Ibid., p 203)

On peut évidemment dire la même chose concernant l'Afrique, avec une abolition de l'esclavage advenue dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et dont on fête seulement cette année les cinquante ans d' « indépendance » - avec guillemets tant cette indépendance est relative...

Et voilà que se révèlent, outre les Dumas, dès le début du XIXe, les Césaire, Senghor, ou encore M.L. King, ou C. Beyala, et, figure fondatrice, Angela Davis...

Tant il est vrai que le territoire de l'avenir décolonisé est au moins pour moitié, cette moitié oubliée de l'humanité, féminin...



vendredi 27 août 2010

Angela Davis

... Née le 26 janvier 1944 à Birmingham - Alabama.



Militante des droits civiques, proche du Black Panther Party, elle fut poursuivie par la justice à la suite de la tentative d’évasion de trois prisonniers, en août 1970...

Emprisonnée seize mois à New York puis en Californie, elle fut finalement acquittée et poursuivit une carrière universitaire qui la mena au poste de directrice du département d’études féministes de l’université de Californie. Ses centres d’intérêt sont la philosophie féministe, et notamment le Black Feminism, les études afro-américaines, la théorie critique, le marxisme ou encore le système carcéral...

Homonyme :