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Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur - Le mensonge se lève très tôt mais la vérité finit par le rattraper - Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage

samedi 28 août 2010

Femmes et décolonisation

Les femmes comme « territoire » colonisé. C'est une approche qu'a remarquablement développée le féminisme des années 70 du XXe siècle. Quelques citations fort éclairantes de Benoîte Groult (Ainsi soit-elle, 1975) donnent des éléments d'un parallèle incontournable avec le racisme. Comme elle y invite elle-même, à l'appui de Sartre, il suffit de changer dans son traité Réflexions sur la question juive, « juif » par « femme », et « antisémite » par « mysogyne » (B. Groult, éd. poche, p 201) – on peut faire le parallèle aussi avec « Africains » (ibid. p. 204) – pour mesurer la nécessité de la réflexion féministe.

Dès lors...

« À qui s'adresseront leurs discours paternalistes […] si nous prenons nous-mêmes la direction de nos existences? Car ce qui opprime les femmes, ce n'est pas seulement le système masculin, c'est la réponse féminine, c'est ce qu'il a réussi à faire de nous. C'est ce sentiment d'incompétente et de faiblesse qu'il a réussi a nous donner, doublé de culpabilité si nous nous dérobons au rôle qu'il nous assigne et que nous devons accepter avec enthousiasme. Car là est la malignité, le détail subsidiaire qui, comme dans les concours radiophoniques truqués, vient tout remettre en question : il faut que nous soyons ravies d'être vouées à des fonctions dites sublimes, mais que les hommes se refusent d'exercer. Or, les hommes s'étant attribué par définition les fonctions dites supérieures, comment ne pas conclure que les nôtres sont subalternes, "ennuyeuses et faciles" (Valéry), "inintéressantes et abêtissantes" (Lénine), en un mot inférieures ? » (Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, p. 204-205.)



« Je voudrais à cette occasion, grâce à Sartre, vient-elle d'écrire, fournir une réponse aux malheureuses qui restent sans voix devant l'argument final assené par le misogyne de salon pour nous prouver que notre infériorité est congénitale: "Citez-moi donc un Beethoven femelle? Un Descartes ou un Picasso femme?" Et le dernier des minus de nous regarder, triomphant, comme si ces génies étaient de sa famille et que leur gloire rejaillît tout naturellement sur lui par le seul fait qu'il possède lui aussi une robinetterie apparente!

"Il faut le reconnaître, écrit Sartre, si le juif se retourne vers le passé, il voit que sa race n'y a pas de part. Ni les rois de France, ni leurs ministres, ni les grands capitaines, ni les grands seigneurs, ni les artistes, ni les savants ne furent des juifs ... La raison en est simple: Jusqu'au XIX" siècle, les juifs, comme les femmes, étaient en tutelle."

Cette fois c'est Sartre lui-même qui fait le rapprochement. On pourrait remarquer de même qu'on ne trouve pas beaucoup de savants ou de ministres dans la classe ouvrière... L'explosion à laquelle on a assisté depuis le XIXe, Disraeli, Freud, Bergson, Einstein, Proust ou Kafka, suffit à démontrer que dès que les Juifs ont pu accéder à l'enseignement supérieur et à un certain stade de liberté, ils sont eux aussi devenus· des créateurs. Pour les femmes, il faudrait simplement corriger deux notions: d'une part la tutelle sur elles ne s'est relâchée qu'au XXe, et d'autre part, leurs fonctions maternelles, tant qu'elles y sont restées aveuglément soumises, les empêchaient de parvenir à ce seuil de liberté. » (Ibid., p 203)

On peut évidemment dire la même chose concernant l'Afrique, avec une abolition de l'esclavage advenue dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et dont on fête seulement cette année les cinquante ans d' « indépendance » - avec guillemets tant cette indépendance est relative...

Et voilà que se révèlent, outre les Dumas, dès le début du XIXe, les Césaire, Senghor, ou encore M.L. King, ou C. Beyala, et, figure fondatrice, Angela Davis...

Tant il est vrai que le territoire de l'avenir décolonisé est au moins pour moitié, cette moitié oubliée de l'humanité, féminin...



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