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Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur - Le mensonge se lève très tôt mais la vérité finit par le rattraper - Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage

samedi 5 février 2011

"Des milliers de pro-Gbagbo rassemblés contre le président burkinabè"

... Selon le titre de l'AFP. Et Si l'AFP elle-même le dit en ces termes !....

Les premiers mots de la dépêche : "ABIDJAN - Plusieurs milliers de partisans du président ivoirien sortant [sic] Laurent Gbagbo étaient réunis samedi à Abidjan pour dénoncer la présence du chef de l'Etat burkinabè Blaise Compaoré au sein du panel de l'Union africaine chargé de dénouer la crise ivoirienne, a constaté l'AFP.
Vêtus de T-shirt aux couleurs orange-blanc-vert de la Côte d'Ivoire, ces
partisans arrivaient par groupes sur la Place de la République, dans le
quartier central du Plateau, avant un discours prévu dans l'après-midi de
Charles Blé Goudé, leader des "jeunes patriotes" pro-Gbagbo.
[...]"


Il n'y a pire sourd ou aveugle... Quand Ouattara appelle à la grève, tout le monde va travailler (sauf quelques gros bras armés qui attaquent des FDS)...

Le leader des jeunes patriotes appelle à manifester et l'AFP constate...

Cf. aussi, pour plus d'explications, la dépêche de Direct Scoop.net : "Le Président Burkinabé Blaise Compaoré, avait plaidé lundi 25 janvier pour une intervention armée contre son homologue ivoirien Laurent Gbagbo. [...]
Blaise Compaoré a effectué le mardi 18 janvier une visite secrète en France où il y a rencontré le président français Nicolas Sarkozy pour parler de la Côte d’Ivoire.
Tuteur de la rébellion des Forces Nouvelles à laquelle son pays a servi de base arrière, Blaise Compaoré a été désigné en 2004 Facilitateur dans ledit conflit. Il constitue avec le Président sénégalais, proche de Ouattara, les fervents partisans de l’option militaire en Côte d’Ivoire."


Et, en images, sur Résistances Côte d'Ivoire.

vendredi 4 février 2011

Les populations du Nord de la Côte d'Ivoire se prononcent

 


 

Respect et soutien aux institutions républicaines : Déclaration des peuples du Grand Nord

 

jeudi 3 février 2011

Gaston Kelman face à la Côte d'Ivoire : "Pouvais-je rester sourd à tant de souffrances bafouées ?"

L'écrivain camerounais Gaston Kelman s'est prononcé sur la situation en Côte d'Ivoire, refaisant la genèse du conflit.

Par Gaston Kelman :

Vous me connaissez. Je n’ai jamais été ni le céroféraire ni le thuriféraire d’un afrocentrisme militant, parce que tous les centrismes sont naïfs, et nocifs, et stériles. Je n’ai jamais supporté une Afrique tournée vers un passé qui ne se concevrait que dans l’âge d’or des pyramides ou l’âge de cendres de la colonisation et de l’esclavage. J’ai pu – ou su - crier à Douala que la France ne devait rien au Cameroun quand on se placerait sous cet éclairage des relations passées.


Avec Frantz Fanon, j’ai dit que je n’étais pas prisonnier de l’histoire, que je n’y cherchais pas un sens à ma destinée. J’ai toujours brandi le Hic et Nunc comme la règle, l’équerre et le compas qui traçaient les lignes de ma conduite et de ma relation à autrui. C’est ce Hic et Nunc qui m’autorise aujourd’hui à dire avec Aimé Césaire «fin à ce scandale » mais aussi «this scandal must be put to an end», pour me faire comprendre du maître de l’Outre-Atlantique ; à ne pas rester sourd à tant de souffrance et de dignité bafouées ; à me demander – pure question de rhétorique – quelle position aurait prise le défenseur de la liberté, de la justice et de l’Algérie meurtrie, Frantz Fanon.

Depuis les indépendances africaines, loin des positionnements stratégiques des politiques et des organismes internationaux – Union Africaine, CEDEAO - bien peu d’événements auront autant ébranlé le nationalisme populaire dans ce continent, que la situation ivoirienne. On peut penser à la mort de Patrice Lumumba, à celle de Thomas Sankara, à la chute de l’apartheid…

L’une des constantes de ces événements, c’est que dans aucun, l’Afrique n’a pu se féliciter de l’action de la «communauté internationale». Quand elle a été actrice, elle l’a fait en dépit de toute considération pour les états et les peuples, ou alors s’est enfermée dans un silence d’une complicité active.

Les populations africaines, jeunesse en tête, crient leur colère envers cette «communauté internationale» informe, insipide, qui se fait haineuse et haïssable et envers toutes les communautés adjacentes – ONU, UE, UA, CEDEAO. Que ces communautés persistent à maintenir en Côte d’Ivoire, le cap du bruit des bottes et des menaces d’asphyxie financières, est interprété par les manifestants de Paris, Bruxelles, Douala ou Abidjan et par les rédacteurs de pétitions africaines qui circulent sur la Toile, comme un mépris inacceptable. La France plus que tout autre nation – mais ses élites s’en rendent-elles seulement compte – devient l’objet d’une rupture profonde avec les populations africaines.

Un jour, un pays dirigé par un président élu, dont la légitimité n’est contestée par personne, ni la communauté domestique, ni les nations étrangères, ni les opposants politiques – Henri Konan Bédié et Alasane Ouattara en tête -, est fragilisé par une tentative de coup d’état dont le moins que l’on puisse dire, est qu’il est ethno porté, puisque revendiqué explicitement et exclusivement par la rébellion venue des populations du Nord du pays.

Alors, ni la communauté internationale, ni les opposants politiques, ni celle qu’on appelle l’ancienne puissance coloniale – comme si c’était un grade ou une qualité –, ne condamnent cette attaque barbare contre la démocratie. Ni la communauté internationale, ni les communautés adjacentes, ni les opposants politiques, ne proposent une intervention militaire pour ramener le pays à l’ordre démocratique. Certains iront même plus loin dans l’absurde.

La France qui est liée à l’état ivoirien par des accords militaires, fortifie la légitimité des rebelles en les invitant à la table des négociations marcusiennes, au même titre que l’état ivoirien, avec son gouvernement, son Parlement et son président élu. On imagine mal la France et la rébellion corse convoquées à l’ONU.

On se demande pourquoi personne ne vole au secours d’une Belgique sans gouvernement depuis des mois. Mais rien n’est trop bas quand il s’agit de l’Afrique. La France installe une ligne de démarcation entre le Nord et le Sud, actant la partition de la Côte d’Ivoire en deux entités, l’une laissée à la gestion barbare d’une bande rebelle.

Le cynisme n’ayant pas de limite dans cette affaire, le Nord devient plus souverain que le Sud. La rébellion peut continuer à s’armer tranquillement, mais elle ira aussi siéger au gouvernement du Sud. Guillaume Soro devient Premier ministre. Supposé préparer les élections, il peut se permettre de ne pas respecter les résolutions des divers accords, notamment le désarmement de la rébellion, préalable indispensable à la tenue d’élections fiables. La communauté internationale n’en a cure et pilonne systématiquement le président ivoirien élu, le pressant d’organiser les élections dans des conditions dont on sait qu’elles conduiront inévitablement vers une impasse.

Les élections ont lieu. Au Nord, la rébellion est toujours armée. Le lendemain du deuxième tour – le 29 novembre 2010 – la presse, qu’on la dise favorable à un bord ou à un autre, est unanime pour souligner la baisse de la participation par rapport au premier tour. On parle de 70%. Le même jour, un communiqué de l’ONUCI – la représentation armée des Nations Unies en Côte d’Ivoire - fait état d’un taux de participation «avoisinant les 70%». Le jour après, miracle, le taux de participation fait un bond de sauteur à la perche et franchit la barre des 80%.

La «communauté internationale» et l’ONUCI valident, adoubent leur champion, le portent sur les fonts baptismaux de l’innommable et le couronnent nuitamment dans son quartier général de campagne, sous l’œil attendri des ambassadeurs de France et des USA. Guillaume Soro change de camp avec armes – c’est le cas de le dire – et bagages, sans tirer le moindre cri d’indignation, allant ainsi récupérer une rançon dont vous devinerez aisément la contrepartie.

Le plus naïf des observateurs aura compris le rôle qu’il jouait dans l’équipe de Laurent Gbagbo : veiller justement au non-désarmement de la rébellion, car elle pourrait resservir. Le camp de Laurent Gbagbo conteste l’action de la «communauté internationale», proteste, affirme que comme dans bien des pays démocratiques dont la France et les USA – Barack Obama n’a-t-il pas demandé aux Africains de respecter leurs institutions -, la légitimité de la proclamation des résultats en Côte d’Ivoire revient au Conseil Constitutionnel.

POUVAIS-JE RESTER SOURD À TANT DE SOUFFRANCES BAFFOUÉES

Il est difficile à quiconque de comprendre, contre tous les textes qui régissent son action, l’entêtement de la «communauté internationale» et des communautés adjacentes à imposer leurs décisions à la Côte d’Ivoire. Qui pourra aujourd’hui nous dire ce que c’est que cette «communauté internationale» qui se définit à l’exclusion de l’Union Africaine. Qui peut imaginer que, si elle réussissait à la fin à convaincre la CDEAO d’envoyer un corps expéditionnaire déloger le « méchant », comme le lui demande « le bon » par une guerre civile ou une opération ciblée sur le palais présidentiel, opération dont les puissances occidentales assureraient l’armement et la logistique, qui peut s’imaginer que les soldats de la CEDEAO dont des parents résident dans cette Côte d’Ivoire qui a toujours été une terre d’accueil des migrants africains, se grandiraient à aller verser leur sang et le sang d’autres Africains, civils et militaires, pour une cause dont la justesse reste à démontrer et pour obéir à des diktats étrangers.

Et toi, «communauté internationale» mon amie, où étais-tu donc quand en Afrique l’on assassinait la liberté et l’espérance qui avaient noms Ruben Oum Nyobè le nationaliste camerounais dans le maquis des années 50 et sa guerre d’indépendance, Patrice Lumumba, Premier ministre congolais dans les années 60, et même, hier encore, sous nos yeux parisiens, Dulcie September, la représentante de l’ANC dans les années 80 ! Où étais-tu donc quand Nelson Mandela croupissait dans les geôles de la honte et du racisme ; son peuple du sud chanté par Senghor, dans les ports les chantiers les mines et les manufactures, le soir, ségrégué dans les kraals de la misère, alors qu’il entassait des montagnes d’or noir, d’or rouge et crevait de faim ; sous le regard goguenard de l’ONU ! Qui s’imaginerait que par une métempsychose fortuite, « communauté internationale », tu te mettes à défendre les intérêts de ce continent, toi qui n’as jamais su lui trouver une place au sein du Conseil de Sécurité de ton bras actif, l’Organisation des Nations Unies. Grand prêtre Laocoon réveille-toi, on leur fait des cadeaux ! Serait-ce un cheval de Troie ! Que cacherait le cheval d’Abidjan ?


Et toi, peuple de France, je te connais et suis désormais tien. Je sais qu’en tes veines, coule l’esprit de Champagney. Je pense à toi, Champagney, modeste commune de Haute-saône, un beau jour, rebaptisée Champagney-la-grande par Camille Darsière, député de la Martinique. Tu fus terre chantre de la Liberté, terre recréatrice de l’Egalité, terre symbole de la Fraternité universelle. Tu chantas ton humanisme flamboyant en ce jour béni du 19 mars 1789 quand dans l’article 29 de ton cahier des doléances, tu gravas ta grandeur et l’âme de la France éternelle sur le marbre républicain.

«Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le coeur pénétré de la plus vive douleur en se représentant leurs semblables unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que le sont les bêtes de somme.
 Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions desdites colonies, si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables, ils craignent avec raison que les générations futures plus éclairées et plus philosophes n'accusent les Français de ce siècle d'avoir été anthropophages ce qui contraste avec le nom de Français et plus encore celui de chrétien.
 C'est pourquoi leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour de ces esclaves faire des sujets utiles au Roy et à la patrie ». C’était le temps béni où à Champaney, les nègres étaient des semblables, des frères. Générations futures, réveillez-vous donc ! C’est un ordre venu du fond des âges !

Que vos mânes, à vous les 444 Champagnésiens de l’Histoire, reposent en paix. Votre humanisme est intact dans l’âme de vos descendants et de tous les Français, ce peuple dont j’ai tant chanté l’humanisme et l’antiracisme ; peuple de fraternité champion du monde des mariages mixtes – tabou suprême du racisme - parce que le voisin devient bien vite frère et beau-fils et beau-frère ; mais peuple malade de ses élites – toutes ses élites, intellectuelles et journalistiques, politiques - qui perpétuent l’arrogance civilisatrice et dominatrice.

Aujourd’hui, le peuple de France se demande pourquoi il est honni par monts et par vaux lointains. J’entends les trémolos de ce bon peuple de petites gens mes amis, qui me demande pourquoi on n’aime plus la France en Afrique ou ailleurs. Il ne comprend pas malgré les explications de Stephen Smith qui nous apprit naguère Comment la France a perdu l’Afrique, comme on perd une possession et non un ami ou ce parent que Senghor voulu inventer avec la création de la Francophonie, après la double bestialisation portée par la colonisation – celle du maître par ses actes et celle du colonisé par le maître.


Et l’on pense à nos enfants français massacrés à Niamey, dont l’un venu tisser par le mariage avec une Africaine, les plus forts et les plus nobles et les humains et les plus beaux liens de fraternité ; massacrés par des fous, mais qui – à tort, à grandissime et bestial tort – peuvent prétendre se venger de l’arrogance de la France politique. Et l’on pense à ce ministre qui, non contente de signer des autorisations de vente des outils de la répression à un régime dictatorial aux abois, proposait de former les assassins à l’art et à la manière inodores d’en faire bon usage pour mâter une révolution portée par la jeunesse. Alors avec les errements du discours politique français sur la révolution tunisienne, mes amis ne se demandent plus comment ils seront désormais accueillis sur les plages d’Hammamet et de Port El Kantaoui, dans les souks de Sousse et de Nabeul, les destinations privilégiées de leurs vacances.

Mânes de Champagnesiens, je vous sais vivantes dans l’âme française. Et je l’entendrai toujours, malgré les justes questionnements du poète malgache Jacques Rabemananjara, «claire innocence, ton chant trop pur, ta voix trop douce dans le croassement des ténèbres » de la barbarie humaine. Certes, Rabemananjara, « la force aveugle de l’abîme tire de son fouet le son aigre de l’agonie». Certes, cher défunt maître, «les étoiles meurent sans un soupir» à Niamey, Abidjan et ailleurs. Mais vaine est la barbarie et la justice triomphe toujours.

Pour revenir à la Côte d’Ivoire et aux positionnements des élites françaises, la journaliste et l’intellectuelle, ne sont pas en reste. La presse tout entière, de la plus révolutionnaire à la plus révoltante, à l’exception notable du Gri-Gri international – si j’en oublie, mea culpa - , relaie à l’envie, le discours nauséeux des politiques aveugles et les pétitions impies – le Monde des idées - d’une intelligentsia borgne en cette occasion – elle ne l’a pas toujours été, Dieu merci – que signent, assourdis par le tintamarre ambiant, quelques Africains dont l’un d’eux m’avouera implicitement son erreur et rectifiera le tir avec une tribune intermédiaire.

Communauté internationale et consorts, me direz-vous un jour de quel charme improbable, de quelle virginité soudaine, vous habillez Alasane Ouattara l’ancien Premier Ministre dont on peut dire sans méchanceté aucune qu’il incarne un passé bien peu démocratique dont furent d’ailleurs victimes des ivoiriens coupables d’opposition, et son âme damnée le rebelle Guillaume Soro, improbable faiseur de rois, qui promet des châtiments à tire-larigot ! Me direz-vous un jour ce que vous récompensez en eux - pour Salomé, fille d’Hérodiade, ce furent ses talents de danseuse - pour leur offrir sur un plateau comme jadis celle de Jean-Baptiste, la tête de la Côte d’Ivoire qui ne vous appartient pas ! Quels intérêts – permettez-moi une naïveté passagère, ponctuelle – vous poussent à la diabolisation subite d’un homme, Laurent Gbagbo, qui fut le seul leader ivoirien à mener une opposition impossible mais pacifique à Félix Houphouët-Boigny, à accepter la prison et l’exil, à briguer la magistrature suprême, à la gagner en venant de l’opposition, sans jamais avoir compromis son combat par l’acceptation d’un maroquin corrupteur ; qui peut dire avec Rabemananjara «mes doigts son clairs comme le printemps, mon cœur est neuf comme une hostie».

Dans une chronique récente, j’interpellais l’intellectuel africain, afin qu’il prenne position, qu’il embarque dans ce train de la renaissance qui passe devant sa porte. Parodiant Aimé Césaire, je lui intimais de parler, afin d’attaquer à leurs bases, oppression et servitude pour rendre possible la fraternité. Quelques-uns l’avaient déjà fait. D’autres m’ont écouté. Mais lequel, de la fantasque Calixthe Bayala – Laurent Gbagbo n’est pas seul - au vieil Olympe Bhêly-Quenum – Je fustige les rebelles de Ouattara -, en passant par le flegmatique prix Renaudot, le peul Tierno Monenembo – l’ONU ne doit pas recoloniser l’Afrique – ou l’indomptable Achille Mbembe – La démocratie au bazooka - ; lequel a tissé le moindre laurier même en papier recyclé à la «communauté internationale» ? Lequel a salué Barack Obama ou encensé Nicolas Sarkozy ? Combien ont reconnu la légitimité de Ouattara ? Lequel n’a pas apporté son soutien explicite ou implicite à Laurent Gbagbo, les plus minimalistes demandant comme lui, que l’on respecte les textes d’un état souverain ; que l’on arrête les bruits de bottes et les rodomontades grotesques – incontournable pléonasme –, que cette affaire soit laissée à la discrétion des Ivoiriens. Quel homme politique africain a envoyé le plus petit courriel de félicitation à Ouattara !

Qui pourrait comprendre qu’au lendemain de la célébration du cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique, ce continent soit encore regardé avec les yeux du documentaire récemment diffusé par France télévision sur la Françafrique, documentaire inattendument prophétique, qui annonçait la victoire de Ouattara –, les explications alambiquées du réalisateur n’y pourront rien – alors qu’il avait été produit des mois avant les élections ivoiriennes ? Qui peut accepter qu’un certain Monsieur Choi se comporte encore comme un commandant de cercle ? Nos enfants ne nous mépriseraient-il pas à juste titre s’ils savaient que nous étions restés muets devant le spectacle grotesque d’une furtive proclamation de la victoire d’un candidat par les ambassadeurs étrangers dans son Quartier Général.

Je voudrais comme le Chaka de Senghor, voir « l’Afrique comme une fourmilière de silence au travail ». Mais ce ne sera plus sous le fouet des Boers, ce ne sera plus ce peuple du Sud «soumis à la règle, à l’équerre et au compas», ce ne sera plus derrière « les forêts fauchées et les collines anéanties » pour l’enrichissement des autres. Ce sera par l’Afrique, pour l’Afrique son peuple et sa jeunesse qui commencent à monter au front de la dignité. Et lentement, sûrement, progressivement – merci Césaire -, la vieille négritude se cadavérise. Vous serez obligés de laisser la Côte d’Ivoire écrire les premières lettres de son épitaphe. Le destin l’a choisie car elle le vaut bien, cette Hirondelle du printemps africain.

Gaston KELMAN (31/01/2011)

La crise ivoirienne vue par Olympe Bhêly Quenum

Olympe Bhêly-Quenum : "Sarkozy ment au monde entier"

C'est un Olympe Bhêly-Quenum que tous les africains et citoyens du Monde ont lu qui a bien voulu laisser son diagnostic sur la crise ivoirienne au micro du Lynx. L'écrivain Béninois vient par cette interview emboîter ses confrères comme le guinéen Thierno Monenembo ou l'écrivaine française d'origine camérounaise Calyxthe Beyala qui ont eux aussi refusé d'être complices du jeu trouble de la France en Côte d'Ivoire. Dans un geste patriotique de l'octogénaire (82 ans), celui-ci refuse la seconde Recolonisation de la France en Afrique. Un Condensé du drame ivoirien dans une interview avec l'écrivain de la première génération en Afrique. Lecture !


Lynx.info : Certains intellectuels africains ont préferé rester dans l'anonymat ou prendre position avec la crise ivoirienne. Qu'en est-il avec Olympe Bhêly Quenum ?

Olympe Bhêly Quenum : De quel poids pesons-nous dans ce conflit où, les uns, sous prétexte de «devoir de réserve», les autres par lâcheté et d’autres - notamment francophones - emboîtent le pas à la presse française de peur de n’y être plus exhibés comme des parangons de la jeune littérature francophone ?

Beaucoup d'africains vous on dit de sortir de votre silence. C'est ça?

«[…] quel silence de votre part Olympe Bhêly-Quenum!»; «Cher aîné, pour moi et beaucoup d’Eburnéens, vous n’êtes pas que Béninois vous êtes essentiellement Africain, alors, on n’aimerait entendre votre voix dans cette affaire…».
«Cher Doyen, que dites-vous quand le néocolonialisme joue à visage découvert ? »; «[…] je te le dis RF Olympe, tu n’as pas été une carpe quand Sarkozy avait piétiné l’Afrique à Bamako, car tu as cité un philosophe juif, par la suite riposté quand le racisme s’est manifesté à l’Université Cheikh Anta Diop tandis que certains écrivains africains en vue ont observé le profil très bas et que les filles d’Ahmadou Kourouma se sont montrées dignes de leur père; que dirais-tu maintenant du conflit en Côte d’Ivoire ? Ici, beaucoup de Frères sont de ton émanation et ton silence nous décevra…»; «Cher Monsieur Bhêly-Quenum, on vous lisait à l’école, on a étudié beaucoup de vos textes à l’Université, des mémoires de maîtrise ont été consacrés à quelques-uns de vos ouvrages et on admire le courage politique d’un homme de votre âge; sans jouer aux cireurs de godasses, je dis que vous êtes un modèle pour l’homme de 55 ans que je suis, alors, je vous en conjure, sortez de votre silence. Bonne année 2011…». J’ai reçu 175 messages de cette teneur une semaine, après les propos comminatoires de M. Sarkozy adressés à M. Gbagbo. Stéphane Hessel, ambassadeur de France, largement nonagénaire, qui avait été mon professeur de diplomatie, vient de publier un opuscule intitulé Indignez-vous, où il déclare: «Je souhaite à chacun d’entre vous d’avoir son motif d’indignation».

Et l'ultimatum lancé par Nicolas Sarkozy à son homologue Laurent Gbagbo.....

Eh bien ! J’étais choqué, profondément indigné d’avoir entendu à la télévision le chef de l’Etat français proférer un diktat demandant à un chef d’État africain de se soumettre; c’était comme à l’ère coloniale où les commandants de cercle péroraient leurs injonctions aux «boys». C’était inadmissible en 2010; ce ne le sera pas en 2011: intellectuels africains, sortez du bois ! Je vous invite à l’indignation et à la révolte, sinon, aujourd’hui chiens couchants de ceux qui vous encensent dans les journaux, ce sont les mêmes qui, demain, vous vomiront avant que vous ne deveniez des barbons : ce qui se passe en Côte d’Ivoire est autant notre problème que celui de ceux qu’on recrute et rémunère afin qu’ils en discutent, suggèrent des menaces qu’ils n’oseront jamais mettre à exécution. Il ne s’agit pas ici d’être pro-Gbagbo ou pro-Ouattara, ni anti-l’un ou l’autre protagoniste ; aussi ai-je lu les journaux aux colonnes surchargées des événements qui ont cours en Côte d’Ivoire, les messages e-mail, Facebook qui me sont envoyés et consulté Internet. Un correspondant m’a téléchargé cet extrait du «Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire» qui stipule : «Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection et notifie sa décision à la Commission électorale indépendante qui en informe le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et Représentant spécial du Facilitateur à toutes fins utiles. La date du nouveau scrutin est fixée par décret pris en Conseil des ministres sur proposition de la Cei. Le scrutin a lieu au plus tard 45 jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel». Un Africain, qui n’est pas Ivoirien, m’a communiqué l’intégralité de la Constitution de Côte d’Ivoire ; j’ai envoyé un e-mail au correspondant qui avait mis mon grade maçonnique dans son message afin de savoir si «au titre VII de la Constitution :
«les Article 88 : Le Conseil constitutionnel est juge de la constitutionnalité des lois.
Article 94 : Le Conseil constitutionnel contrôle la régularité des opérations de référendum et en proclame les résultats. Le Conseil statue sur : L'éligibilité des candidats aux élections présidentielle et législative; Les contestations relatives à l'élection du Président de la République et des députés. Le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs de l’élection présidentielle» ont été respectés.
Réponse : «RF Olympe, tout à fait, mais le président sortant a demandé d’autres applications du Conseil constitutionnel. Refusées par le camp de l’opposant. Dans ce cas, à quoi sert la Loi ?»
Incroyablement ahurissant, les journaux français que j’ai lus semblaient pro-Ouattara, vouaient Gbagbo aux gémonies et passaient sous une dalle de granit ce texte d’un journaliste américain diffusé par Internet .

Il paraît que la presse et les médias en France n'ont jamais autant pris partie dans une crise en Afrique?

Gary Bush un journaliste americain dit tout sur la guerre au Golf et à Tiébissou.

Ceux que vous voyez ci-dessus sont des rebelles de Ouattara, quittant son siège de campagne, l’Hôtel du Golf, dans leur tentative de prendre par les armes la Rti, la télévision nationale le jeudi afin de la remettre à Ouattara. Ils ont été confrontés à un feu intense et décimés. Ils ont perdu un de leurs dirigeants, probablement Issiaka Ouattara dit Wattao. Toutes leurs armes leur ont été fournies à l'Hôtel du Golf par la France et l'Onu qui agissent comme ignorantes de tous ces faits. Certains des rebelles portaient des uniformes de l’Onu. Aujourd'hui, l'armée ivoirienne a détaillé, à la télévision, tous ces faits. Certains groupes civils de Droits de l’Homme demandent au Président Gbagbo de suspendre les relations diplomatiques avec la France et de demander à tous les soldats français de quitter la côte d'Ivoire. Gbagbo agira t-il ? La question, comme toujours, demeure.

Ces «soldats» rebelles sont ce que Ap, Reuters, et d'autres appellent «civils». Le jeudi, 10 soldats de l'armée de Côte d'Ivoire ont été tués sur plusieurs fronts. A l'Hôtel du Golf seul, 38 des rebelles de Ouattara ont été envoyés en enfer. Ni Reuters, ni Afp ni Ap n’en parle. Mais lorsque vous entendez les rebelles, ils ne peuvent s’empêcher d’en parler. Guillaume Soro a promis de passer à l’attaque une fois encore ce vendredi. Mais aucun de ses «soldats» ne s’est présenté. Peut-être que l'Onu et la France étaient en train de les réarmer après les lourdes pertes qu'ils ont subies. Ce sont ces mêmes rebelles qui occupent le nord de la Côte d'Ivoire depuis 2002. A 40 km au Nord de Yamoussoukro, un autre groupe de rebelles de Ouattara venant de Bouaké a tenté de faire main basse sur Tiébissou. Mais l'armée de Côte d'Ivoire les y attendait. Encore une fois, ils ont subi de lourdes pertes. La France et les rebelles de Ouattara n'ont jamais désarmé. Ils sont encore dans le Nord où le viol et le meurtre sont leur jeu favori. Néanmoins, vous n'entendrez rien à ce sujet. Aujourd'hui, la représentante de l'Amérique à l'Onu, Susan Rice, lors d'une conférence de presse, a parlé des évènements d’Abidjan. Lorsqu'elle a été interrogée sur les rebelles attaquant Tiebissou, elle a tenté d'éviter la question, avant de répondre que ce n'était pas important en termes d’attaque. Ah oui ! Pas important, lorsqu’une bande de rebelles lourdement armés s'attaquent à une ville. Merci Susan ! Ouattara n’a plus d’options militaires à Abidjan, à moins que la France, comme en 2004, attaque Abidjan. Et je ne pense pas que la France s’y essayera à nouveau. La seule véritable option qui reste à Sarkozy c’est de faire du bruit avec ses alliés européens qui ne savent rien de la crise. Sarkozy ment au monde entier. Et tout le monde écoute, parce qu'il a un gros microphone. Mais nous sommes là en grand nombre pour informer tous les Africains. Même s'il est vrai que nos voix sont submergées dans la propagande française. Gbagbo doit gagner pour que la démocratie l'emporte. Un politicien qui envahit un pays avec des assassins sans cœur ne devrait jamais être autorisé à devenir Président, même avec l'aide de l'ensemble de l'Organisation des Nations unies et 95 % des élections truquées. L'indépendance de la France n'est pas gratuite. Ne laissons pas Sarkozy installer une autre marionnette française en Afrique. Du moins, pas en Côte d'Ivoire.

Qui de l’exposé des faits et de l’analyse magistrale du professeur Albert Bourgi qui démonte les manigances anti-Gbagbo ainsi que les machinations pro-Ouattara, toutes enterrées par la presse française ?

«Jamais dans l'histoire des relations franco-africaines, une crise n'aura soulevé autant de parti pris médiatico-politique en France que celle que vit la Côte d'Ivoire depuis bientôt une dizaine d'années.
Aujourd'hui, comme hier en septembre 2002, lors du déclenchement d'une rébellion militaire ouvertement soutenue, voire totalement planifiée par un chef d'État voisin, Blaise Compaoré, et fait inédit en Afrique subsaharienne, coupant le pays en deux, l'opinion publique africaine et internationale s'est vue servir une interprétation unilatérale, voire tronquée, des événements.
Et pour couronner le tout, voire pour conforter le courant d'opinion, la position officielle française s'est réduite à accabler le chef de l'État ivoirien, Laurent Gbagbo, à voir en lui le seul responsable de la rébellion qui a provoqué la partition du pays, et aujourd'hui, de la crise post électorale.
Or dans l'un et l'autre cas, hier avec Jacques Chirac, aujourd'hui avec Nicolas Sarkozy, selon des méthodes différentes, l'objectif est le même : évincer coûte que coûte Laurent Gbagbo du pouvoir, et préserver la cohésion du pré carré français en Afrique.

Finalement la rebellion était un alibi pour la France de destituer Laurent Gbagbo tout en se cachant derrière l'ONU, L'UA et la CEDEAO....

En 2002, en 2004, après le bombardement de Bouaké et l'intervention directe des troupes françaises dans Abidjan, comme en 2005, 2006, à travers la tentative de mise sous tutelle de la Côte d'Ivoire, et bien entendu aujourd'hui, par le biais d'un processus électoral totalement dévoyé, il ne s'agit de rien d'autre que de se débarrasser d'un homme qui aux yeux de l'ancienne puissance coloniale, remettait en question son emprise politique en Afrique.
C'est de ce registre international, qui s'est grossi de « groupes internationaux de contact », que le pouvoir français est parvenu à faire avaliser les coups d'État perpétrés en Mauritanie en 2008, et à Madagascar, et mieux encore à faire élire, avec le soutien de la prétendue communauté internationale, le général mauritanien, Mohamed Abdel Aziz.

Cette nouvelle forme d'intervention sous couvert de la légalité internationale et d'actions concertées entre les différentes institutions internationales, a incontestablement atteint sa maturation en Côte d'Ivoire, du coup d'État manqué du 19 septembre 2002 et de ses suites diplomatiques (la conférence de Kléber en janvier 2003) à ce qu'il faut bien appeler un coup de force électoral de décembre 2010, orchestré par le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU.
Le passage en force de ce dernier, entouré pour l'occasion des ambassadeurs français et américains en poste à Abidjan, pour entériner définitivement les résultats «provisoires» proclamés par le président de la Commission électorale, au siège du candidat déclaré «élu», et cela au titre d'un pouvoir de «certification» dont il disposerait, renvoie à une pratique totalement inédite dans l'histoire des Nations Unies.

Jamais l'ONU n'a outrepassé de telle manière son mandat, y compris au Timor oriental, au Kosovo, en République démocratique du Congo, pour ne citer que ces exemples. Faisant fi des institutions d'un pays souverain, membre des Nations Unies depuis cinquante ans, et ne se donnant pas le temps de permettre à la Commission électorale de débattre des contestations soulevées au cours des délibérations, M. Choi a incontestablement cédé aux pressions de certains pays, dont et surtout la France représentée en Côte d'Ivoire par un ambassadeur dont le parcours professionnel est un parfait condensé de la Françafrique.
En brandissant l'argument de la communauté internationale, et en se prévalant d'un processus électoral sur lequel pèse des suspicions très lourdes et à terme graves de conséquences pour la stabilité de la Côte d'Ivoire, Nicolas Sarkozy s'inscrit dans la droite ligne d'une politique néocoloniale de la France, dont les métastases se trouvaient déjà dans le discours raciste qu'il a prononcé à Dakar en juillet 2007.
A chacune des étapes de cet interventionnisme français, le mode opératoire est identique : mettre en avant les organisations régionales africaines au sein desquelles siègent les chefs d'État adoubés par la France et dont la traduction la plus parfaite est incarnée par d'anciens auteurs de coups d'État reconvertis à la pseudo démocratie, à l'image d'un Blaise Compaoré ou d'un Faure Gnassingbé Eyadéma, et user de son influence aux Nations Unies, particulièrement au Conseil de sécurité.
La crise post électorale en Côte d'Ivoire illustre à l'évidence la perpétuation de la politique d'ingérence de la France en Afrique, qui tout en ne prenant plus les formes caricaturales d'actions militaires directes destinées à maintenir l'ordre intérieur au profit de « présidents amis », n'en aboutit pas moins aux mêmes résultats que naguère.

Quelle communauté internationale ? Cette politique interventionniste de la France s'adosse désormais à la notion ambiguë de communauté internationale, pour instrumentaliser les dispositifs internationaux de règlement des conflits que ce soit à l'ONU, à l'Union Européenne, à l'Union Africaine ou à la CEDEAO, au sein desquels elle dispose d'importants réseaux d'influence, ce qui lui permet de faire passer «ses solutions politiques»
Connaissant Albert Bourgi depuis des lustres, je n’ai pas hésité à lui adresser mes remerciements et félicitations au sujet de son texte et de son courage.

Et pour les peuples africains en lutte, avez-vous un dernier mot?

Je ne sais pas si j’ai répondu à votre attente en utilisant les documents que j’ai pu amasser ; rien dans mes prises de position n’est au-dessus des faits, c’est le primordial de mon action et j’en conclus : une sorte de guerre pichrocoline s’esquisse en marge de ce drame de l’Afrique «indépendante» ; quand Alassane Dramane Ouattara a invité l’armée de l’ONU à faire déguerpir Laurent Gbagbo du palais présidentiel, des passages de Machiavel me sont aussitôt revenus à l’esprit et je me demande encore si l’ONU et la CEDEAO deviendraient des mercenaires au service d’un homme politique africain qui oublierait Machiavel ou ne l’aurait pas lu ; bien que l’analyse des mercenaires soit plus fouillée dans Discours sur la Première Décade de Tite-Live que dans Le Prince, c’est ce dernier, plus accessible, que je cite:
«[…] les armées par lesquelles un Prince défend son pays ou sont les siennes propres ou sont mercenaires, ou envoyées à son secours, ou mêlées des unes et des autres. Les mercenaires et étrangères ne valent rien et sont fort dangereuses; et si un homme veut fonder l’assurance de son État sur les forces mercenaires, il ne sera jamais soutenu ferme, car elles sont désunies, ambitieuses, sans discipline, déloyales; braves entre les amis, de peu de cœur devant l’ennemi; elles n’ont point de crainte de Dieu ni de foi avec les hommes, et l’on ne diffère la défaite qu’autant qu’on diffère l’assaut; en temps de paix tu seras pillé d’eux; en temps de guerre, des ennemis. La cause de cela est qu’ils n’ont autre amour ni autre occasion qui les tienne au camp qu’un peu de gages, ce qui n’est pas suffisant à faire qu’ils veuillent mourir pour toi. Ils veulent bien être à toi pendant que tu ne fais point la guerre, mais aussitôt que la guerre est venue, ne désirent que fuir ou s’en aller».

Des organisations internationales enverraient des Africains - mercenaires spécifiques plénipotentiaires - combattre un Africain pour les intérêts d’un autre Africain ? L’option du Ghana devrait faire réfléchir d’autres pays, mais voici René Dumont qui certainement jubile dans sa tombe. Lors de l’une de nos discussions sur l’Afrique post-coloniale et la France, il m’a laissé entendre : «Olympe, on aura un mal de chien pour essoucher l’instinct colonialiste de la cervelle des gouvernements français; ton déshabillage des Accords de coopération n’a pas l’heur de plaire à Foccart mais retiens ceci : avec la complaisance, je dirais plutôt la complicité et la compromission de nombre de chefs d’Etat africains, les erreurs et les maladresses voulues dans ces accords continueront de gérer l’Afrique post-coloniale; post coloniale ? Il y a de quoi pleurer».

Propos Recueillis par Camus Ali de Lynxtogo.info



LES PUBLICATIONS DE D’OLYMPE BHÊLY-QUENUM :

1960 UN PIEGE SANS FIN (Stock, Paris) traduit en anglais (Longman); en slovène (Pomurska Zalozba); en américain (University Press of Virginia). Nouvelle édition (4éme) revue et corrigée par l’auteur dans la Collection Poche, Présence Africaine, 1985.

1965 LE CHANT DU LAC (Présence Africaine). En 1966, ce roman fait de son auteur le lauréat du Grand Prix littéraire d’Afrique, sera adapté par Driss Chraïbi et joué sur France Culture par Les Griots dont les principaux acteurs étaient: Bachir Touré, Toto Bisinthe, Douta Seck, etc. L’ouvrage est traduit en russe et en tchèque. Nouvelle édition, revue et corrigée par l’auteur, Poche Présence Africaine.

1968 LIAISON D’UN ETE (recueil de nouvelles dont la plupart sont traduites en plusieurs langues européennes, et qui a fait l’objet de recherches et de thèses, en Afrique, mais aussi à la Sorbonne)

1970 UN ENFANT D’AFRIQUE (Larousse), roman pour les jeunes très vite traduit en russe, partiellement en anglais et en kiswahili. 1997 Nouvelle édition revue et corrigée par l’auteur dans la Collection poche, Présence Africaine.

1979 L’INITIE ( Présence Africaine), (a suscité beaucoup de thèses, et une excellente communication à l’Université de Bologne, Italie; il est étudié par des étudiants en socio-anthropologie de l’Université Paul Valéry, à Montpellier).

1994 LES APPELS DU VODOU (L’Harmattan, Paris)

1998 LA NAISSANCE D’ABIKOU, édit Phoenix Afrique, Bénin, Cotonou. (Recueil de nouvelles dont beaucoup sont connues chez les anglophones et les Allemands.)

Membre de la Société africaine de culture, expert de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), pour les problèmes culturels, il a consacré des études aux thèmes suivants:

Erotisme chez L.S. SENGHOR.

Mon Pouchkine, de Marine TSVETAEVA

Traces et présence du rituel Vodou et de la spiritualité négro-africaine dans l’Iliade et l’Odyssée, d’Homère (présenté à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, en 1990)

Il est co-auteur avec S.A. Pratt, de Practical French, ouvrage d’enseignement du français en Afrique anglophone (Longman, Essex. Royaume-Uni)

Une cinquantaine de mémoires de Maîtrise et plus de vingt thèses (doctorat 3éme cycle ou d’Etat ont été consacrés à ses œuvres, ou à l’homme et ses œuvres, en Afrique et en France, USA, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, etc).

Inédits:
ANNEES DU BAC DE KOUGLO (premier roman, suivi d’un projet de scénario)
AS-TU VU KOKOLIE? (roman)
C’ETAIT A TIGONY (roman, traduit en anglais)

Sur la vie et l'oeuvre de Olympe Bhêly-Quenum

mercredi 2 février 2011

Dans la série "Balle dans le pied" : (5) Le temps des pièges

Les exemples Le Pen et Addis Abeba...

Derniers cas de balles dans le pied :

« La décision de Gbagbo de réquisitionner la BCEAO Cote d'Ivoire et de la mettre sous l'autorité du Ministère ivoirien de l'économie et des finances a mis KO l'UMEOA. C'est un coup de maître qui va obliger certains à penser que l'heure est à la négociation. L'épisode n'a pas été beaucoup commenté mais je pense qu'il montre la détermination de Gbagbo et constitue un tournant important : http://news.abidjan.net/h/389689.html »
C’est ce que me signale à juste titre Djignab | 01.02.2011

On est effectivement toujours dans la série : "comment se tirer une balle dans le pied" ! Après Sarkozy, c’est au tour de l’Uémoa.

Tandis que déjà, toujours dans la même série, nouvel épisode annoncé : Marine Le Pen qui s'offre le luxe de donner à Sarkozy et à MAM une leçon de politique étrangère ! En matière de balles dans le pied, jusqu'où iront le pouvoir français et ses acolytes ?... Après le profil bas du président français à Addis Abeba...

Mais c’est là que les choses peuvent prendre un double sens et invitent à la vigilance.

Il ne serait pas opportun que la Côte d’Ivoire républicaine se mette à son tour à se tirer dans le pied !


Tout peut encore se retourner. Deux tentations récentes (et combien d’autres) ont tout de ce qui ressemble à des pièges : 1) la tentation d’une alliance objective avec Mme Le Pen. 2) La tentation de s’enthousiasmer trop vite du sommet de l’UA.

1) « Selon une information du site franco africain koaci.com, Marine Le Pen, la fille de Jean-Marie Le Pen souhaiterait rencontrer le président ivoirien Laurent Gbagbo à Abidjan.
Très convaincue qu’elle a toutes les cartes pour éliminer Nicolas Sarkozy au premier tour des élections présidentielles de 2012 en France, l’actuelle leader du Front National (extrême droite) y met du sien pour couper toutes les ressources au locataire de l’Elysée.
Les ennemis de mes ennemis étant mes amis, Marine Le Pen voit actuellement en Laurent Gbagbo un potentiel ami qui pourrait l’aider à terrasser le virevoltant président français.
Et même si cet appel du pied de l’extrême droite française n’a pas encore eu de rebond à Abidjan, il va sans dire qu’il donnera du tonus à Laurent Gbagbo dans le combat pour sa résistance contre Sarkozy et ses alliés occidentaux.
Toutefois, faille t-il mentionner que Gbagbo est un socialiste convaincu qui aura du mal à accepter les fréquentations de l’extrême droite. Mais en politique, très souvent, seules les fins justifient les moyens. »

Par Daniel Atteby

Oui, mais voilà. Comme met en garde de façon tout à fait pertinente le journal de la crise ivoirienne : « Objectivement, on aurait souhaité que beaucoup d’autres dirigeants politiques français adoptent la même circonspection envers la reconnaissance « unanime » de la « communauté internationale », ce qu’à d’ailleurs fait M. Mélenchon le 4 Janvier sur BFM TV. La position de Marine Le Pen devrait-elle pour autant réjouir les Ivoiriens au point de l’inviter à venir soutenir le président Gbagbo à Abidjan, comme l’affirme koaci.com ? La perspective d’une telle «alliance paradoxale» réjouit d’avance la presse ouattariste qui sait qu’elle tient là une carte maîtresse à l’encontre du président Gbagbo, et de quoi relancer le lynchage médiatique contre la Côte d’Ivoire qui a perdu de sa vigueur depuis quelques semaines. » L'article en entier ici.

2) Le sommet de l’UA. Piège redoutable aussi. Ainsi, toujours dans le journal de la crise ivoirienne : « La proposition de ce panel Africain - dont Blaise Compaoré ! Oh honte ! - ne correspond pas à cette proposition de sortie de crise formulée par le président Gbagbo. Selon RFI, ce panel a pour but d'offrir à Gbagbo des garanties pour quitter le pouvoir, voilà tout. Anne Ouloto, porte parole du RDR l'a parfaitement compris.
Le conseil de sécurité de l'UA a […] cédé là où le conseil de sécurité de l'ONU avait tenu bon, le 18 Janvier lors de l'adoption de la résolution 1962 (2010) pour l'envoi de troupes supplémentaires, quand la Russie était parvenue à imposer le retrait de la mention reconnaissant la victoire de Ouattara par l'ONU dans cette résolution
[quoique (*)]. Il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser quant à la dignité des chefs d'état africains ! » L'article en entier ici

Si l’on sait qu’en outre, le CSP de l’UA « exige la levée immédiate du blocus de l’Hôtel du Golf », risque terrible, la vigilance est décidément de mise !

Quand le paradis du nord court vers l'enfer du sud

"Si Gbagbo est dictateur, pourquoi le Sud attire-t-il tant les populations en quête de sécurité ?"

In Ivoirediaspo.net par Germain Séhoué :

"Les détracteurs de Laurent Gbagbo le qualifient de «dictateur» pourtant, eux-mêmes et les populations fuient les zones Cno qu’ils administrent pour se mettre à l’abri dans le Sud, zone que gouverne le « dictateur » en question. Allez-y comprendre quelque chose !


Salimata Porquet, était à Addis- Abéba (Ethiopie) à l’occasion du 16e sommet des chefs d’Etat et des gouvernements de l’Union africaine, les 30 et 31 janvier 2011, officiellement au nom de la société civile. En vérité, elle y était pour continuer son lobbing pour Alassane Dramane Ouattara et sa rébellion. Elle a même produit un rapport partisan sur la violation des Droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Document qui accable le Président Laurent Gbagbo, que le camp Ouattara et ses soutiens extérieurs traitent de dictateur. Mais face à cette accusation récurrente, il y a un certain nombre de questionnements à faire.

A la lumière de 9 ans de guerre et de crise, notre mémoire vive doit interroger la cohérence et la légitimité d’une telle accusation. Il est temps que l’opinion nationale et internationale émergent de la simple sensibilité et de l’imagination manipulatrice dans lesquelles les Salimata Porquet, Venance Konan et autres chantres de la rébellion les maintiennent.

Depuis l’éclatement de la rébellion en septembre 2002, vers quelle direction se font les mouvements d’exode ? Les populations fuient pour se réfugier au Nord ou au Sud de la Côte d’Ivoire ? La réalité, c’est que tout le monde court vers le Sud, où se trouve Laurent Gbagbo, le dictateur, qui aurait des escadrons de la mort. Les rebelles, avec à leur tête, Alassane Dramane Ouattara et Guillaume Soro, disent avoir pris les armes pour établir la démocratie, la justice et la sécurité en Côte d’Ivoire. Comment se fait-il donc que ce sont les zones (Centre Nord et Ouest : Cno) gérées depuis neuf ans par des personnes qui prétendent lutter pour la paix, la démocratie et la justice que fuient les gens pour venir trouver la tranquillité dans la zone administrée par le «dictateur» ? Pourquoi Alassane Ouattara ne va-t-il pas vivre à Bouaké, ne serait-ce que pendant un mois, pour y montrer un échantillon de la sécurité qu’il promet aux Ivoiriens ? Pourquoi Guillaume Soro a-t-il peur de vivre à Bouaké (siège de sa rébellion) et ne se sent plus en sécurité qu’à Abidjan ? Pourquoi ? C’est là-bas que l’avion qui le transportait d’Abidjan avait été bombardé. Et Soro n’a jamais révélé les résultats de l’enquête sur cette affaire. Pourquoi la plupart des chefs rebelles vivent-ils au Sud et que leurs familles (enfants, femmes) y mènent une existence agréable au lieu de le faire dans les zones occupées ?

Si Laurent Gbagbo est un sanguinaire et que Alassane Ouattara et ses rebelles sont des anges, pourquoi alors les gens ne vont pas au paradis, dans les zones Cno et préfèrent l’enfer du Sud ? Pourquoi ? Pourquoi Salimata Porquet qui produit des rapports farfelus contre Gbagbo et Venance Konan qui le vilipende, refusent tous d’aller vivre au paradis à Bouaké, Korhogo, Mankono, Boundiali, Kong, etc. et se sont vissés dans la zone de Lucifer ?

Quel est ce Lucifer si attrayant ! Si Gbagbo est criminel, quelle est cette logique qui consiste à se maintenir à proximité de cet homme ? Toute la Côte d’Ivoire aurait voulu voir les zones sous administration rebelle montrer au monde entier un visage de territoire épanoui. Où les populations mangent à leur faim, se soignent, s’éduquent convenablement, et sont sédentaires parce qu’il y fait bon vivre.

Hélas ! La vie dans ses zones a accusé un recul de 50 ans. L’insécurité, le non-droit, l’indigence se disputent le territoire. Mais qui peut fuir le Sud pour aller vivre ces douleurs que sert Alassane aux populations prises en otage ? Pourquoi Salimata Porquet, Venance Konan et autres chantres de la rébellion vivent contre leur logique, au Sud ? Ils vivent tranquillement au Sud, insultent impunément le Président de la République ; leurs journaux ne cessent de l’offenser en toute quiétude et ils le traitent de dictateur. Il y a des anges qui donnent envie d’adorer des Lucifers. Un d’entre eux : Alassane Dramane Ouattara, l’ange du chaos."

*

À moins qu'au nord, ce soit vraiment ça - et ça : «La Côte d’Ivoire dispose de plus de 800 km de frontière, avec deux pays, notamment, le Mali et le Burkina-Faso, bases arrières d’Al-Quaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Dès lors, elle est concernée directement par le sort réservé à la région sahélo-saharienne par la nébuleuse Aqmi... Le contrôle du nord de la Côte d’Ivoire, occupé par une rébellion, échappe totalement au pouvoir d’Abidjan. Ici, certains chefs de guerre, impliqués, généralement dans des trafics en tout genre et des réseaux de crimes organisés, se sont donné des pseudonymes assez évocateurs faisant référence à Ben Laden et Al Qaïda... Des connexions sont à craindre à cause de la vulnérabilité du pays dans sa partie septentrionale... Le nord musulman est devenu une tanière, pour ne pas dire un refuge des criminels de tout acabit. Cette partie du pays pourrait donc être une terre fertile où peut pousser ou prospérer, facilement, les thèses d’Al-Quaïda. Plusieurs Occidentaux dont des Français avaient été kidnappés ces derniers mois dans le Sahel avant d’être acheminés dans le nord du Mali. Il est donc à craindre un effet domino, pour ne pas dire une contagion d’un pays à un autre. De ce point de vue, la Côte d’Ivoire est concernée directement».

La "communauté internationale" serait donc tentée d’étendre ce paradis au reste du pays... pour commencer ?...

mardi 1 février 2011

Côte d'Ivoire - "La communauté internationale a été embarquée dans une entreprise foireuse"

Me Hermann Yaméogo, leader de l’opposition au Burkina Faso se prononce sans faux-fuyant sur la "crise ivoirienne"...

QUELQUES QUESTIONS BRULANTES DE L’HEURE A ME HERMANN YAMEOGO
PRESIDENT DE L’UNION NATIONALE POUR LA DEMOCRATIE ET LE DEVELOPPEMENT (UNDD)

Dans San Finna, Hebdomadaire burkinabè, N°601, du 31 Janvier au 06 Février 2011.


1) San Finna : Etes-vous étonné par la crise postélectorale que vit la Côte d’Ivoire ?
Me Hermann Yaméogo (HY) : Pas le moins du monde ! J’ai souvent employé le concept de coup d’Etat électoral dans le contexte de la crise ivoirienne pour prévenir que malgré l’Accord politique de Ouagadougou, on pourrait bien recourir à la fraude pour convertir cette tentative de putsch du 19 septembre 2002 en coup d’Etat électoral.

2) Qu’est-ce qui vous faisait penser à cela ?
HY : Dans toutes les Résolutions du Conseil de Sécurité comme dans tous les accords relatifs au dossier ivoirien, il était régulièrement mentionné la réunification, le désarmement, la reconnaissance de la primauté de la Constitution, des lois et institutions ivoiriennes. Le 4ème accord complémentaire de l’Accord de Ouagadougou du 22/12/2008 précisait bien, concernant le désarmement, ce qui suit en son Article 3 :
« Afin de favoriser l'organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux Parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du Cci et la supervision des Forces impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux Forces ex-belligérantes, ainsi que la démobilisation des ex-combattants; des Forces nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle ». Eh bien, malgré toutes ces garanties, le désarmement n’a pas eu lieu. Pour moi, le simple fait que l’on n’ait pas vu s’exercer des pressions de la part de la communauté internationale pour que la rébellion rentre sincèrement dans la République, indiquait qu’il y avait anguille sous roche. On entendait utiliser la partition de fait du pays pour influencer le moment venu, le vote.

3) Mais alors, pourquoi d’après vous, Laurent Gbagbo a-t-il tout de même accepté d’aller à ces élections ?
HY : En tout cas, il se sera battu pour faire respecter la Constitution ivoirienne qui dit que les élections ne peuvent s’organiser quand le pays est divisé. Mais la pression était trop forte, et pour le contraindre à aller à la guillotine électorale, on a mis à contribution les médias pour le faire apparaître comme un pleutre, celui qui se défile tout le temps pour organiser les élections parce qu’il sait qu’en le faisant, il ne peut qu’en sortir perdant. Il a fini par s’y plier, se disant sans doute qu’il avait certaines cartes maîtresses en main : un peuple avec lui, l’engagement de la communauté internationale à faire respecter la Constitution ivoirienne, celui de son adversaire de respecter les décisions de la Commission électorale indépendante comme celles du Conseil constitutionnel.

4) Ne peut-on pas quelque part, dire qu’il se prévaut maintenant de sa propre turpitude ?
HY : L’argument pour moi est puéril et juridiquement faible.
D’abord, à la limite, ce n’est pas parce que quelqu’un accepte d’être victime d’une infraction pénale que cela efface automatiquement la commission de l’acte délictueux et éteint toute action pénale. Si l’on peut transiger sur tout ce qui intéresse le civil, on ne peut –sauf rares exceptions- le faire pour le pénal. Ensuite, Laurent Gbagbo n’a jamais accepté le bafouement de la primauté du Conseil constitutionnel ni le transfert de la légitimation populaire du peuple souverain de Côte d’Ivoire à une communauté internationale, juridiquement incapable.

5) Mais, et cet article 64 du Code électoral qui montre que le président du Conseil Constitutionnel s’est trompé parce qu’il aurait dû faire rependre les élections… ?
HY : D’abord, nulle part, il n’est fait interdiction à ce Conseil d’évoquer un différend électoral et de le vider en dernier ressort. D’ailleurs, la loi organique relative au Conseil constitutionnel prévoit ces cas de figure. Mais à supposer même que votre observation soit fondée, encore qu’on en soit loin, on ne ferait là que commenter une décision de justice revêtue de l’autorité de la chose jugée, non susceptible de quelque recours que ce soit. Voyez-vous, il n’existe pas une instance à laquelle est reconnu le pouvoir d’élever le contentieux électoral pour réformer la décision du Conseil constitutionnel. Même l’Etat le plus puissant du monde ne le peut. Les Nations Unies n’y sont pas davantage habilitées encore moins la fameuse « communauté internationale » qui n’est même pas un « machin » mais un attrape-nigaud pour ne pas dire une couillonnade.

6) Et la certification, ça compte pour rien d’après vous ?
HY : La certification, je vous le rappelle, devait se faire à la fin de tout le processus comme cela s’est fait au premier tour. La CEI a tenté de doubler le Conseil constitutionnel, ce qui révèle encore plus a posteriori la préméditation du coup d’Etat électoral. En tout état de cause, le jeu ici n’était pas de faire de Mr Choi celui qui en dernier recours, légitimerait le vainqueur. La Résolution 1765 des Nations Unies, ainsi que l’a rappelé Me Marcel Ceccaldi, avocat du Barreau de Paris, n’a pas fait droit aux demandes d’extension des compétences de Mr Choi mais a plutôt limité ses pouvoirs par rapport à ceux qui étaient reconnus à son prédécesseur Gérard Stoudman, Haut représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d’Ivoire. Et il a été réaffirmé que la certification ne saurait s’entendre d’un transfert de la compétence du pouvoir de légitimation du peuple ivoirien au Sieur Choi. Enfin, je vous rappelle qu’un collectif d’avocats entend même demander une sanction contre Mr Choi pour détournement de pouvoirs, violation de la charte onusienne…. Je ne vois pas, si le Droit est bien dit, comment Ban Ki-moon lui-même n’y laisserait pas des plumes !

7) Pour vous donc, Laurent Gbagbo est bien dans son droit ?
HY : Laurent Gbagbo est tout à fait dans son droit. Absolument. La communauté internationale a été embarquée dans une entreprise foireuse par des politiques qui pensaient que de la même manière qu’ils foulent sans conséquence au pied les constitutions de bien de pays africains pour y réaliser des putschs électoraux et placer ceux qu’ils voulaient à la tête des Etats, ils pouvaient ensemble et de concert, en bande organisée, faire la même chose en terre éburnéenne. C’est le bide honteux.
Nicolas Sarkozy, Ban Ki-moon, ont oublié qu’ils avaient affaire à un homme vissé à la tête d’un Etat, en parfaite symbiose avec une Armée patriotique, un peuple mobilisé, et non à des opposants malmenés, sans le sou, dans le silence de la « communauté internationale ». Un homme, qui n’est pas, leur en déplaise, arrivé accidentellement au pouvoir et qui incarne une Cause dans laquelle il lui suffisait de savoir se concilier le temps pour en faire éclater la noblesse aux yeux du monde. Nous y sommes actuellement, et on peut imaginer l’humiliation, pour ne pas dire plus, qui en résultera pour tous ceux qui se sont précipités dans cette aventure en osant même semer la graine de la désorganisation dans certaines organisations comme la CEDEAO, l’UEMOA, la BCEAO…

8) Quel sens en définitive donnez-vous au combat qu’il mène ?
HY : Je situe son combat dans une triple dimension.
La première est nationale et concerne la mobilisation de ses compatriotes pour sauver les institutions, l’identité de la Côte d’Ivoire, l’indépendance -au sens entier du terme- de son pays. La seconde est africaine et elle s’attache à sensibiliser tous les Africains à la nécessité d’engager le véritable combat libérateur qui passe par la reprise en main des richesses du continent. La dernière dimension est mondiale et s’attache à l’atteinte portée au droit international par des nations gardiennes de fait de l’ordre public international en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le fait incriminé ici, c’est la reconnaissance par les Usa, la France, l’Union Européenne, les Nations Unies, de l’élection d’un candidat en violation de la Constitution et des lois d’un pays en lieu et place de la volonté d’un peuple, des standards démocratiques internationaux en matière électorale, et ce par des manœuvres dolosives.
Il y a ici un combat transfrontière qui interpelle tous les citoyens du monde soucieux de la primauté du Droit.

9) Quels risques voyez-vous si son combat n’aboutit pas ?
HY : Pour la Côte d’Ivoire, ce serait un virage vers la mise à l’encan des richesses du pays, la captation de sa souveraineté nationale et pour l’Afrique, ce serait une nouvelle ère d’exploitation avec encore plus de mépris et de néantisation de l’homme noir.
Ce serait la voie royale pour la corrosion du Droit, sa domestication par des forces maffieuses, politiques, médiatiques, financières… Ce serait l’amorce d’un processus d’insécurisation du monde car si le Droit, qui est la poutre maîtresse de toute collectivité humaine organisée, est corrompu, c’est toute la collectivité qui le sera.

10) Que pensez-vous de la décision prise à Addis-Abeba de confier à un panel de cinq chefs d’Etat le soin de trouver, dans le délai d’un mois, une solution de sortie de crise contraignante pour les deux protagonistes ?
HY : Elle va dans le sens de certains pays africains (Afrique du Sud, Angola, Malawi, Gambie, Cap Vert, Zimbabwe…) qui ont toujours préconisé le dialogue en lieu et place de la guerre, et surtout une solution typiquement africaine au règlement de la crise. C’est le lieu pour moi de souligner la position tout à fait sage et courageuse prise par Alpha Condé à Ouagadougou et à Luanda par rapport au règlement de ce dossier par des voies négociées.
Cette décision de l’UA, je dirai qu’elle me contente mais m’inquiète aussi.
Elle me réjouit d’abord car elle recadre les va-t-en guerre, démasque l’imposture de la communauté internationale, fait droit contre Ban Ki-moon, à la demande de vérification et d’évaluation du processus électoral demandé par le président Laurent Gbagbo. C’est dire que, plus que les fraudes proprement dites à l’encontre de ce dernier, c’est le complot international contre la Côte d’Ivoire, à travers toutes ses péripéties, qui risque d’être mis à nu.
D’un autre côté, j’imagine les tsunamis que peuvent provoquer ici et là, jusqu’au sein des nations Unies, les preuves rapportées de ce complot. Je me représente aussi les litiges qu’il faudra éventuellement traiter à la faveur du rapport de ce panel comme des décisions des différentes juridictions déjà saisies ou en voie de l’être, qui sont entre autres la Cour de Justice de l’UEMOA, le TANU (NDLR : Tribunal administratif des Nations Unies), la Cour de justice internationale...
Il y a tant de pertes en vies humaines, de dégâts matériels, de violations de droits professionnels, économiques et sociaux, à cause de cette habilitation illégale d’un candidat (qui s’est permis de donner des mots d’ordre ravageurs pour le pays) qu’on peut légitimement être angoissé devant les réparations qui vont suivre. Combien tout cela va-t-il coûter ? Qui va payer la facture ?
En même temps, je me réjouis d’être du bon côté de l’Histoire et de défendre une cause dont je trouve qu’elle servira les intérêts de l’Afrique avec ce leadership de Laurent Gbagbo que je n’ai pas pour rien comparé à N’Nkrumah et à Lumumba au plus fort de la rébellion.

11) Ban Ki-moon vient de dire qu’un recomptage des voix serait injuste pour Mr Ouattara ?
HY : Ban Ki-moon a eu la réaction du noyé qui s’accroche à un brin de paille. Il ne voudrait pas ce recomptage qui va dévoiler le pot aux roses. Je comprends… Mais de là à se rabattre sur le caractère injuste du recomptage, c’est lamentable ! Car qui peut, honnêtement, s’opposer à une mesure aussi élémentaire, destinée à éclairer les décisions à prendre ? Il aurait mieux fait, comme les Forces Nouvelles, de rejeter directement la création de ce panel. Ici, il a fait une sortie totalement décalée qui le décrédibilise encore plus.




Et ci-dessous l'analyse du sommet d'Addis-Abeba par Victory Toussaint, dans San Finna, ibid.

"SOMMET D’ADDIS-ABEBA SUR LA COTE D’IVOIRE
N’EST PAS FORCEMENT ELU QUI EST PROCLAME TEL"

"On ne sait pas ce que le panel des chefs d’Etat africains trouvera comme solution pour régler en un mois la crise ivoirienne. Ce qu’on peut dire cependant, sans peur de se tromper, c’est que cette rencontre à Addis-Abeba a permis de répudier l’argument de la guerre si chère à certains Etats de la CEDEAO emmenés par le Nigeria.


"Dans la capitale éthiopienne, le camp Ouattara a perdu la bataille de la guerre dont il usait et abusait. Ni les Européens, ni les Américains, ni l’ONU, ne veulent faire le sale boulot ; ils préfèrent s’en remettre aux Africains pour que ces derniers aillent combattre d’autres frères africains. Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine, a bien résumé ici les sentiments plus que contrastés qui habitent les chefs d’Etat africains par rapport à cette question. Et lorsqu’il dit qu’on a ramené le ballon au centre, on comprend qu’on a décidé de mettre fin à l’hérésie, de ménager la dignité du continent en le restituant dans ses droits et responsabilités par rapport à ce dossier.

Déjà, la « girouette » Odinga, annonçant au moment où les conciliabules devaient démarrer qu’il fallait que Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara règlent en tête à tête le problème ivoirien, montrait que les carottes étaient cuites pour les guerroyeurs : honneur pour les uns, humiliation pour les autres.

Ensuite, on peut affirmer qu’à ce sommet, on a rabattu le caquet à Nicolas Sarkozy. Malgré les mises en garde, il a maintenu son déplacement sur Addis-Abeba, beaucoup plus pour un baroud d’honneur qu’autre chose. Et avant qu’il n’y atterrisse, les choses avaient été pliées puisque le Conseil de paix et de sécurité avait fait le boulot la veille. Si on voulait lui dire qu’il était dorénavant dispensé de foutre son nez dans les affaires africaines, on n’aurait pas mieux fait !

Voilà qui est clair, qui montre qu’on sait maintenant que c’est lui qui a tout fait pour que cette affaire ivoirienne s’emballe. On sait même que le décidément innocent Obama ne s’est jeté, éperdu, dans cette vilaine Cause que parce qu’il aura été harcelé par le président français.

Eux tous, Obama, Sarkozy, Ban ki-moo, Choi et tutti quanti, tout comme les Nations Unies, l’Union européenne, la CEDEAO, se retrouvent Grosjean comme par-devant alors que du côté de Laurent Gbagbo et de tous les patriotes africains, on boit du petit lait.

D’autre part, en prévoyant que les cinq chefs d’Etat africains seront appuyés par un Comité d’experts chargé de vérifications sur pièces comme par des transports sur le terrain, afin d’apprécier tout le processus électoral en amont et en aval, ce en relation avec la Constitution ivoirienne, on donne raison à Laurent Gbagbo qui jubile. Du coup, on renvoie Alassane Ouattara (pour qui c’est la soupe à la grimace !) à se pourvoir autrement comme on le fait d’un plaideur qui est débouté de ses demandes devant un tribunal.

Les cinq chefs d’Etat n’ont pas encore déposé leur Rapport au Conseil de paix et de sécurité mais pour les patriotes africains, le fond de l’air est doux, il véhicule de l’optimisme.

On a beau affirmer que les positions prises par la CEDEAO, l’Union européenne, les Nations Unies ou par certaines superpuissances sont toujours celle de l’UA, à savoir qu’Alassane Ouattara est le vainqueur du scrutin du 28 novembre 2010, on a beau laisser entendre que les chefs d’Etat n’ont d’autre mission que de permettre à Alassane Ouattara d’exercer en toute tranquillité ses fonctions, il n’en reste pas moins qu’avec l’épreuve de vérité du contrôle, la décantation se fera d’elle-même, emmenant celui qui en sortira confondu à se calmer, à rentrer dans le rang puisque la décision est déclarée par anticipation, contraignante pour tous. A ce qu’on sache, c’est Laurent Gbagbo qui d’avance a déclaré se soumettre et se démettre si le recomptage lui était défavorable alors qu’Alassane Ouattara, soutenu par les Ban Ki-moon et autres, freinent des quatre fers contre cette solution, Dieu seul sait pourquoi !

Qu’est-ce à dire alors ? Qu’on ferait ici, mine de rien, patte de velours, gentil/gentil avant de taper, qu’on évite à certains une humiliation trop crue ? On comprendrait alors que pour Laurent Gbagbo, il importe peu si pour un temps encore, ADO est considéré comme le vainqueur puisqu’il sait qu’au bout du compte, le rétablissement de la vérité lui rendra justice !"